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Article l'Observateur du 12/03/2010

Relever les maux de la santé au Maroc est un exercice compliqué, tant ces maux sont si nombreux. Mais nous l’avons fait. Pour faire ce check up général de la santé au Maroc. L’observateur a fait appel à six acteurs experts du secteur. Il s’agit du Pr. Yasser Sefiani, directeur de l’Hôpital Ibn Sina à Rabat ; Farouk Iraqi, président de l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) ; Dr. Mostafa Chanaoui, secrétaire général du syndicat nation de la santé publique affilié à la confédération démocratique du travail (CDT) ; Dr. Mohamed Naciri Bennani, président du syndicat national des médecins du secteur libéral (SNMSL) ; Aziz Rhali, pharmacien et coordinateur du réseau marocain pour le droit à la santé (RMDS) et Ahmed Chahir, expert en santé publique et communautaire. A ces personnalités, nous avons posé cette question : « Pouvez nous nous identifier les dix grands maux de la santé au Maroc ? ». Après classification des résultats, voici ce qu’il en ressort.

 

SYNDROMES DU TIERS MONDE

Le Maroc enregistre encore entre 27.000 et 30.000 cas de tuberculose par an. « C’est trop pour un pays comme le Maroc, estime Dr. Chanaoui de la CDT santé. « Des pays au même niveau de développement économique que le nôtre enregistrement des taux de prévalence très bas, s’insurgent Dr. Chanaoui. Le retour de la tuberculose est le signe de la persistance de maladies dite du « Tiers monde ». Les autres maladies « banales » qui causent des dégâts sont « les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires chez l’enfant, les leishmanioses qui commencent à prendre grande ampleur, les maladies d’origine hydrique, dont la typhoïde, et les maladies liées à la nutrition : malnutrition aiguë et obésité » constate Dr. Chahir, expert en santé publique.

La mortalité maternelle est un autre syndrome de la santé publique tiers mondiste. « La mortalité maternelle reste un grand problème de la santé au Maroc », rappelle A. Chahir ? Les 240 décès pour 100.000 naissances continuent de plomber le développement humain au Maroc, surtout en milieu rural. Le ministère a redoublé d’efforts sur ce registre. Les résultats de l’enquête démographique menée par le HCP, actuellement en cours de finalisation, pourront révéler s’il y a ou non une amélioration de la situation…

 

UN CORPS MEDICAL À FORMER ET A SOIGNER

« Le statut des RH, l’absence de moyens pour la motivation ou la sanction, le décalage entre les besoins dans l’activité régulière et la garde sont des maux de la santé », énumère Pr. Yasser  Sefiani, directeur de l’Hôpital Ibn Sina à Rabat, Autre décalage, celui de la formation avec les besoins du système. « Un décalage important existe entre le reforme des études médicales et les besoins en termes de soins », ajoute-t-il.

Côté réseau marocain pour le droit à la santé (RMDS), « l’inadéquation entre le plateau technique et les RH. L’insuffisance dans le secteur  quantitative et l’absence de programmes de formation continue n’arrangent pas les choses», explique A.Rhali. Pour sa part, Dr. Chanaoui insiste sur la nécessité d’avoir plus de postes budgétaires pour le secteur. En 2010, certes 2.000 postes ont été prévus, « mais ça ne comble pas le déficit en RH », estiment le praticien.

Pour M.N. Bennani du SNMSL, « les professionnels de santé exerçant dans le secteur public sont sous payés, peu considérés et travaillent dans des conditions lamentables, d’où le malaise généralisé qui influe négativement sur le service rendu au citoyen par le corps médical ». Pour les médecins du privé, que Dr. Bennani représente, ils souffrent de « concurrence déloyale de la part des établissements de l’Etat ». « L’image du corps médicale est éclaboussée à tort par certains médias », observe F. Iraqi, président de l’ANCP. Il ajoute : « notre métier est dur et très sensible ». Pour Dr. Bennani, la médecin souffre « de pratiques illégales, ou médecine non autorisée, ainsi que de la recrudescence du charlatanisme qui commence même à s’infiltrer dans le milieu médical ».

 

CHERCHE POLITIQUE DE SANTE DESSEPEREMENT

« Depuis 1958, année de la tenue du premier colloque sur le système de santé, jamais les marocains n’ont eu l’occasion de penser collectivement sur le secteur », rappelle Dr. Chanaoui de la CDT Santé selon lui, cette absence de débat a fait que « le Maroc pas encore d’une politique nationale de santé qui identifié les problèmes, les moyens et les priorités du secteur. Ainsi, tous les efforts des différents gouvernements ne s’inscrivent pas dans une vision à moyen et long termes », analyse-t-il.

Un responsable du secteur de la santé n’est pas de cet avis. « Depuis l’indépendance, le ministère s’est engagé dans une politique de santé avec une approche pragmatique, mais aussi avec les contraintes financières humaines qu’on connaît », A son avis, l’essentiel a été atteint ; « depuis 50 ans, nous n’avons jamais eu de catastrophe sanitaire. Puis les gouvernements ont pu construire un système de santé et le mettre sur pied », argumente la même source. « Aujourd’hui, on se dirige vers plus de visibilité, plus de planification et plus de vision prospective dans la gestion du secteur » 

Pr. Sefiani constate l’absence d’un « plan stratégique sur 10 ou 15 ans, qui trace les grandes lignes en termes d’infrastructures de planification des besoins en RH ». Cette situation crée un manque de coordination entre les différents départements de l’Etat Actuellement, « la politique de la santé concerne exclusivement le ministère de Santé alors qu’elle devrait impliquer les collectivités locales, l’Education nationale, etc. », regrette le directeur de l’Hôpital Ibn Sina.

 

« Il est nécessaire d’avoir une vision précise de ce qui se fait en dehors de notre pays, mais sans vouloir à tout prix copier un système étranger, ce qui serait une erreur ».

 

GOOD BAY L’ETAT PROVIDENCE OU « LA TENTATION MERCANTILISTE »

« Il est vrai que tous les pays sont confrontés aux problèmes des dépenses de santé et de l’équilibre recettes dépenses. Aucun n’a trouvé la solution idéale. C’est pourquoi il est nécessaire d’avoir une vision précise de ce qui se fait en dehors de notre pays, mais sans vouloir à tout prix copier un système étranger donné pour l’imposer au Maroc, ce qui serait erreur », prévient Dr. Bennani.

« Le système n’est pas en train d’être privatisé directement, mais une délégation progressive du public, au secteur libéral est en cours », remarque Dr. Chanaoui, « Nous ne sommes pas contre le secteur privé. Au contraire, on demande qu’il y ait une véritable complémentarité entre les deux systèmes. Ceci étant dit, on ne peut laisser la loi de l’offre et de la demande encadrer ce secteur vital », précise-t-il Pr. Sefiani prévient du danger que présente d’ailleurs « un secteur libéral hors de tout contrôle » et F. Iraqi s’arrête sur « la tentation forte chez les politiques de modifier la loi actuelle en faveur d’investisseurs non médecins. C’est une proposition dangereuse car elle ouvrirait la voie à la vision du profit aux dépens des prestations et de la modicité de nos possibilités financières ».

 

HOPITAUX CHERCHENT MANAGERS

Du point de vue du Pr. Sefiani, la réforme du statut des centres hospitaliers universitaires (CHU) est « indispensable à une politique efficiente de la santé qui est actuellement tributaire du statut tributaire du statut pour le moins autonome des enseignants ». De l’avis des professionnels, le code des marchés publics complique lui aussi la gestion d’un hôpital. « Ce code est inadapté à la gestion d’une structure hospitalières », affirme Pr. Sefiani. En plus de ces maux, il faut ajouter « le manque d’autonomie, l’absence d’organigramme et de règlement intérieur, le manque de coordination avec les autres structures de soins, l’absence d’utilisation des outils modernes de gestion, le manque de compétences managériales traditionnelle des médicaments et la mauvaise qualité d’accueil et de prise en charge », énumère A. RHALI, le coordinateur du RMDS.

Concernant les structures privées, F. Iraqi de l’ANCP estime que « le cadre législatif actuel est imprécis. Nous subissons des pressions, mais sans aucune mesure d’encouragement, alors que bien des secteurs moins sensible jouissent d’avantage d’investissements ».

 

MEDICAMENTS CHERS

Depuis la sortie du rapport parlementaire sur les médicaments, cette question est au devant de la scène. Pour A. RHALI, « l’absence d’une véritable politique du médicament, la non prise en compte des médicaments génériques, le manque de clarté et de flexibilité dans les procédures de fixation des prix et dans les taux de remboursement de certains médicaments, et l’absence de droit de substitution nuisent aux citoyens ».

Quid des génériques ? Côté médecins, ces remèdes ne font pas l’unanimité. « Aucun progrès ne sera fait si les médecins ne sont pas impliqués et leurs doléances acceptées, sans oublier la conviction quant à la qualité des produits proposés », demande F. Iraqi.

Pour Dr. Bennani, l’automédication constitue un risque pour la santé des citoyens. « La délivrance des médicaments par les officines en dehors de toute ordonnance fait perdre des chances de diagnostic précoce et aussi de guérison de plusieurs maladies », prévient-t-il.

 

NOUVELLE EPOQUE, NOUVELLES MALADIES

Les marocains meurent aujourd’hui de plus en plus de cancers, dont le plus redoutable est celui du poumon. Ils meurent aussi de diabète, d’insuffisance rénale chronique, nécessitant soit de l’hémodialyse ou la greffe du rein. Face à cette transition épidémiologique, le Maroc est mal préparé. A Rhali constate une « inadéquation entre offre et demande de soins pour ces maladies, en plus des maladies cardiovasculaires et la santé mentale ».

 

QUELQUES INDICATEURS DE LA SANTE AU MAROC

 

- Espérance de vie à la naissance : hommes 68,1 femmes 72,7

- 5,1 médecins pour 10.000 habitants.

- Taux brut de mortalité pour 1000 habitants : 5,5

 

PRINCIPALES CAUSES DE MORTALITE

 

- Maladies de l’appareil circulatoire 18%

- Tumeurs 7%

- Maladies endocriniennes, nutritionnelles 6% (6,6% des adultes âgés de plus de 20 ans souffrent de diabète).

- Maladies respiratoires 5,1%

- Maladies infectieuses et parasitaires 4,7 %

- Accidents de la route plus de 4000 tués en 2008.

- 13,5 fois plus qu’en France.

 

Salaheddine LEMAIZI

L’OBSERVATEUR DU MAROC du 12 au 18 mars 2010